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Ce numéro naît d’abord de notre désir de réunir des cinéastes et des films qui nous paraissent, plus que d’autres, articuler leur projet esthétique à un souci politique simple : celui de porter à l’écran la réalité ou la possibilité d’un peuple. C’est principalement à partir des films de Rabah Ameur-Zaïmeche (Wesh, Wesh, Bled Number One, Dernier Maquis), de Tariq Teguia (Rome plutôt que vous, Inland) et de Miguel Gomes (Mon cher mois d’août) que cette question a pris pour nous une dimension nouvelle. Elle est bien sûr indissociable de l’intérêt que ces cinéastes portent aux minorités qui les entourent ou dont ils sont issus (beurs des cités ou villageois algériens chez Ameur-Zaimeche, laissés-pour-compte de l’Algérie d’aujourd’hui chez Teguia, communautés rurales du Portugal chez Gomes), mais elle ne saurait s’y réduire. Car pour aucun d’entre eux « le peuple » n’est une entité donnée et assignable, mais au contraire un enjeu esthétique et politique mouvant et instable. Un élan, un souffle, ou mieux, une puissance, que seule l’expérience de l’injustice sociale et politique, les souffrances qu’elle implique, et les manières singulières d’y résister, sont en mesure de produire.
Les trois jeunes cinéastes évoqués plus haut ne sont évidemment pas les seuls à se tenir au croisement d'un questionnement politique (l’invention d’un peuple) et d'un questionnement esthétique (l’hybridation des démarches documentaires et fictionnelles). C’est aussi le cas de Rithy Panh ou d’Avi Mograbi, auxquels nous aimerions également faire une place dans ce numéro.
Après Pierre Zucca, Shinji Aoyama, Bernard Queysanne et Georges Perec (pour ne se référer qu'aux numéros récents), et suite à l'intérêt persistant qu'ils suscitent en nous, nous consacrerons enfin une place importante aux films de Serge Bozon (L'Amitié, Mods, et La France).
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